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Bruxelles. 9h47 Le train 9826 a disparu.  

 

Trois heures d'attente. Marcher n'importe où. Longer la rue Basse, la tête basse et les yeux demi fermés, du côté de l'ombre minuscule sous les immeubles, et puis la place du Jeu de Balle. Et toujours droit devant. Au bout de la rue Basse on trouvera peut-être une camionnette à gaufre ! 

 

Non pas de camionnette à gaufres ! 

 

On redescend et on pénètre dans le frais de l'église. Et plus tard encore un peu plus vers le fond de la ville... 

 

Nous tombons assis sur les blocs de béton au centre du skatepark, s'abriter du soleil brûlant sous une petite végétation.... Il n'y a pas le bruit sec et dur des planches contre le béton quand le corps s'élève et retombe, aucun grondement de roulement des petites roues de caoutchouc durci, les corps ne bougent pas , la chaleur unit toutes les pensées assemblées sur ces courbes de béton peinte de grands visage colorés, elle unit tout ça sous la chaleur dans une sorte de stupeur douce et d'immobilité lente. Probablement qu'on a dormi. Pour gagner du temps on regarde doucement tourner l'aiguille dans le cadran de la montre accrochée au poignet. Puis la longue rue Basse en retour. Arrêt à la Sardine chez Monique, c'est tout étroit, il fait chaud comme dehors, Monique transpire, les sardines se débattent, les anchois se couchent sans protester entre les tranches de pain, on s'assied sur le seul coin d'ombre du Jeu de Balle, la bouche s'ouvre grande et les sardines frétillent dans les tuyaux, l'estomac s'apaise.  

 

12h28 Bientôt l'heure de grimper jouer les sardines dans les boîtes à transport du train, elles nous attendent à la queue leu leu sur le chemin de fer. 

 

Dans le train, il y a bien sûr les passagers qui exhibent fièrement leurs billets valides, mais avec en plus une grande partie des abandonnés du train 9826 disparu trois heures plus tôt. Quiproquos embryons de disputes et corps debout dans les couloirs. 

 

Les séparés désespérés s'envoient des SMS. 

Est-ce que tu es assise ?  

Moi je suis assis dans les bagages à la place de ta valise jaune qui se trouve en dessus de moi près du plafond ... 

Je ne serais pas vraiment étonné si on rate la correspondance à Lyon.  

Bise. 

 

Dans la bataille des places assises, une femme puissante, au bassin comme une citerne de train dans un western. Sur des grandes pattes en bordure du chemin de fer. 

 

Je la vois tout à fait, si un malheureux affiche l'intention de lui piquer sa place, se dresser et se mettre debout, et les yeux froids sortir ses deux colts à la fois. Qui étaient accrochés à sa ceinture de cuir.  

Et puis les balles sifflent dans le désert brûlant, l'adversaire tombe raide, silence.  

Avant de renfiler les flingues dans leurs cuirs, elle se rassied au milieu des banquettes encombrées de valises immenses, et souffle sur la pointe des canons, là où les trous sombres qui ont craché le diable en frémissent encore ! Il vaudrait mieux que ça ne brûle pas le tissu soyeux de sa robe ! 

Pour l'instant deux délicieuses petites filles à sa gauche et à sa droite lui servent de nouveaux revolvers qui crachent en tir continu des cris de désespoir brûlants comme des balles blindées ! Et cette fusillade-là va durer presque jusqu'à Marne-la-vallée. Survient alors le papa qui soulève dans ses bras les deux mitrailleuses enfantines, et les deux jumelles cessent illico de pleurer ! Ce mec est une merveille, tout le wagon le constate, Supernounou Superman en même temps ! Oui on l'a bien vu presque sans se ralentir dans son apparition surnaturelle, il a monté les énormes valises de toutes les filles debout dans le couloir jusque dans les machins à bagages ! On en fait plus assez des comme ça !  

 

Malheureusement ils descendent tous à Marne-la-Vallée, et le wagon se retrouve dans un silence de cathédrale.. depuis, on s'ennuie un tout petit peu quand même... 

 

16h14 Les heures roulent lentement comme des boules de billard fatiguées, les yeux se ferment, le paysage défile indéfiniment mais c'est curieux c'est toujours le même qui recommence.

[Max Jacot]

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