216.73.216.57--0.0.0.216GE - Une photo par jour

Ce corps là, il marche depuis très longtemps. Des jours. Dans la lumière éblouissante. Mais depuis un moment tout a changé. Maintenant c'est sous la terre, dans le sombre. Les yeux de chouette fatiguent. Les couloirs parfois couverts de mosaïques incompréhensibles défilent défilent, c'est comme une prison, on dirait toujours le même mur, toujours le même mur, pourtant on est parfois tout au fond et d'autres fois presque à la surface. Et puis escalier, et alors ce corps vacille en travers des marches. Ou alors escalator, et alors ça te donne une instant de repos.  

 

Et il y a eu le soleil avant. N'oublie pas ! D'autres escaliers dans la lumière. Beaucoup de petites rues avec les klaxons et les machines à deux roues qui te frôlent.  

 

Pour l'instant plus de soleil ni d'espace infini, c'est l'ombre et le noir. Des portes s'ouvrent, on se laisse entraîner, on entre dans une longue machine de fer.  

 

On reste figé à l'intérieur d'un serpent dans le noir, un serpent qui gronde et siffle, avec des portes qui s'ouvrent parfois, et des sièges pour les fatigués. On s'assied. Le serpent dans le noir ne digère pas les corps qu'il avale sans cesse , il les pousse seulement plus loin, travailler, retrouver la maison, touristiquer mais ne rien risquer , continuer, une heure de plus, un jour de plus, parfois vite courir voir le nouveau-né à la maternité !  

 

Ce corps là, maintenant assis, il laisse la respiration retrouver sa musique , il recommence d'entendre les bruits du corps derrière le bruit des roues, il reprend conscience de son cul sur le siège dur. Mais le sombre est vivant. Le sombre défile, défile, le serpent coulisse avec un bruit de fer dans des tuyaux de pierre, parfois une lumière éclate, quand les portes s'ouvrent, certains captifs s'enfuient dans d'autres tuyaux de pierre, peut-être pour se jeter dans le corps tortueux d'un autre serpent, les portes se referment, les autres captifs et les nouveaux captifs ont des visages neutres, rêvent-t-ils de lumière ? Rêvent-t-ils de tenir un bébé dans les bras ? Ou rêvent-t-ils plutôt de serrer le corps d'un homme ou d'une femme dans les bras nus dans le chaos des draps ? Rêvent-t-ils de toujours courir plus loin ou de se faire avaler par les serpents de fer ? Rêvent-t-ils de la fin du monde ou du début de l'épisode du feuilleton ? Rêvent-t-ils de chanter dans la forêt ou de crier devant la mer ?  

 

Mais il faut de nouveau bouger. Encore une fois. Toujours couloirs. Damné. Bosch. Enfer. Les petites séquences de lettres sur des panneaux dansent dans les yeux flous, elles ont dit que c'est comme ça, il faut se lever, il faut se remettre sur les jambes, il faut repartir dans le noir, escalier, ascenseur peut-être, fatigue.

[Max Jacot]

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