Et puis voilà que le sombre des couloirs s'éclaire là-bas, là-bas tout au fond, on est surpris, on avance plus vite, la lumière ça t'attire. Ce corps vacille, ça lève les pieds avec effort pour ne pas accrocher un relief du sol. Plus on avance dans le couloir plus ça éblouit. Ça aveugle. Dernier petit escalier, les yeux acceptent la lumière, et alors des arbres, des feuilles, l'éblouissement s'adoucit, avancer encore avancer encore, cette répétition accumulée de geste et de désir vers plus loin, plus loin, cet effort si constant, si régulier, qui ne devrait jamais arriver à son bout, et dans cette répétition inlassable tout à coup ... une surprise.
Mais alors vraiment une surprise !
Surprise ! Suspendu dans le vide. Suspendu à l'intérieur d'une seconde , plus aucune répétition, plus aucun effort, toute la séquence de ce corps s'est envolée vers un autre monde inconnu. On ne sait pas encore si ça fait peur, on ne sait pas encore si ça va être terrifiant, on ne sait pas si on va se mettre à rigoler. On ne sait rien du tout pendant cette seconde qui s'allonge s'allonge dans un vide total.
Et alors le suspendu dans l'air et dans le temps, ça cesse. Paf. Et ça s'écrase sur les larges pavés de pierre usée, ces pavés qui portent et poussent sans fin tous les efforts qui se succèdent depuis des périodes, des époques, des civilisations, toujours le même effort les genoux tirés vers le haut, les pieds ou les pattes qui se posent juste un peu plus loin, et le corps qui se laisse presque chuter pour se retrouver en équilibre instable juste un peu plus loin, toujours, toute la journée, toute la vie.
Ce corps ou cette chose reçois dans la surprise un très court instant de calme. À quatre pattes sur la pierre des pavés. C'est presque doux. Tombé. Oui tombé par terre. Très court cet instant, très très court. Presque bienfaisant.