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La semaine uneparjour... 18 juillet 2026

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Le garçon nu animiste et son âme introuvable dans la cacophonie du monde.

De plus en plus violemment au cours des dernières années, je ne peux plus poursuivre ce que j'ai exécuté automatiquement depuis toujours, participer à la vie sociale, fabriquer des images, fermer les yeux sur le mensonge. Il reste pourtant quelque chose: écouter mon corps, écouter ma bêtise, m'insulter joyeusement devant le miroir, avouer mes impuissances et mes perversions. Et tout ça avec une tendre affection pour mon incapacité à tricher.

Il m'arrive souvent d'avoir à disposition des images, mais ma colère m'interdit de les utiliser, et je n'irai pas remplir des trous dans le temps comme les Daltons cassaient des cailloux. Je doute que beaucoup de mes amis UPJ liront ce feuilleton en hommage à la Folie du Voyage, pourtant j'ai tenté comme un furieux d'y rendre visible le dérapage, la blessure, la joie et la survie.

Mais oui tu sais, les petites silhouettes. Les corps à poil. Multitudes accumulées sur des toiles peintes par Jérôme Bosch, dans des paysages vus de haut... Vus par les dieux ? Pas sûr. Mâles aux sexes rabougris, piqués au cul par les fourches des diablotins, petites mamelles des femelles, comme des poires de caoutchouc fatiguées et punies. Enfers ? Purgatoires ? Toujours surveiller, toujours terroriser, toujours punir...

Pourquoi les corps ont-ils si peur de l'enfer, de la douleur, de la mort ? Je ne comprends pas.

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"Peut-être que nos pères avaient tort de s'accrocher et de se taire, il n'est jamais bon de se taire..." (uneparjour 06.05.2026)

Et le garçon est nu. Assis sur le plancher, les genoux attrapés entre les bras. Il a la tête au ciel, le regard vide, la nuque raide. ..

Quand tu n'as rien à dire ferme ta gueule.

La vie de 'Lil' Bobby Hutton lui a été arrachée ce 6e jour d'avril 1968 par les pigs de la police d'Auckland. Il avait 17 ans. Il ne se taisait pas.

Le garçon nu avoue parfois qu'il se sent animiste. Comme les sauvage, nègres ou de diverses couleurs. Il ne connaît rien aux religions, il dit ça au sens littéral simplement. Depuis quelques temps, justement, il ne trouve plus son âme, c'est le comble. Il ne la sens plus il n'arrive plus à la tâter, il y a autour de lui tant de bruit, du bruit sans rythme et sans sonorité, une cacophonie infinie de mensonge !

Une chose ou une âme en action, ça s'incarne dans le monde par une insistante succession d'instants, de jours, de trous, de lueurs partielles et de nuits. Quelques paroles, manger, pisser parfois rigoler.

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Il y a des mois que ça dure. Quelques années. La cacophonie est si constante que l'âme s'efface. L'âme c'est ce qui trace la route, ce qui te fait choisir d'aller à gauche à droite de s'arrêter ou de mourir. De choisir de dire 'il est dimanche et il pleut' ou bien de prononcer 'aujourd'hui je vais tuer quelqu'un'.

Sans la présence de l'âme, comment pourrais-tu dessiner une image ? Et comment raconter une histoire ? Comment lever les bras ou tirer la jambe en avant ? Comment te plonger dans un rituel ?

Le garçon nu assis avec la nuque raide reçoit une image. C'est un cadeau. Reçu d'une femme qu'il aime bien, quand ils sont ensemble ils rient souvent. Sur l'image on voit une montagne, elle est belle, on voit aussi la femme avec un appareil dans la main. Mais tout n'est qu'illusion. Une vitre invisible introduit la cacophonie.

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Ah je crois que j'ai compris, tu voulais faire un selfie de la belle montagne ! C'était une drôlement bonne idée au lieu de toujours tenter de faire des jolis selfies de nos vieilles gueules autrefois d'amour ! Mais une grande vitre a choisi de s'intercaler là au milieu pour casser la relation, la vitre voulait rester discrète, comme quand les politiciens choisissent de faire une guerre mais que les citoyens ne doivent pas comprendre l'arnaque avant que les balles leur traversent la peau.

La vitre qui aurait dû rester invisible a oublié de cacher ses bordures de métal. Évidemment cette intrusion presque invisible, ça change tout. Finalement nous ne cessons jamais d'être séparés par toutes sortes de vitres qui font semblant d'être transparentes, nous restons séparés du paysage, nous restons séparés de notre enfance, nous resterons séparés de nos amants, et quand tu as un peu de courage devant ton miroir (aïe encore une vitre !) il te faut bien constater que tu es encore séparé de toi-même par un truc invisible...



La seule chance il me semble afin de rejoindre la montagne, le paysage, le réel, les copains, et surtout soi-même, c'est que chaque fois que tu crois voir quelque chose qui a l'air tellement beau tellement réel et qui est si fortement relié avec toi, comme la montagne dans l'image reçue en cadeau, et bien tu t'avances avec résolution la tête bien penchée en avant et tu cognes avec acharnement dans le vide ! Comme ça chaque fois qu'il y a une vitre tu essayes au moins de la briser !

Le garçon nu assis la nuque raide a beaucoup pratiqué ça, mais il reconnaît que la plupart du temps alors qu'il fonce en avant, bien résolu comme un vilain bouc rageur en train d'attaquer sa propre image dans le miroir, finalement il n'y a aucun choc et ça ne casse rien, ça ne rencontre rien non plus et ça n'établit pas le contact avec la montagne qui t'attend au loin comme une amoureuse....

Mais au moins comme l'élan fantastique qui a été donné dans le bel enthousiasme ne rencontre aucune résistance, le garçon nu se casse simplement la gueule par terre, et on peux dire que là, là enfin, il rencontre le réel, sur les méchants cailloux du chemin ou sur autre chose de bien dur, comme cela vient de lui arriver à Naples justement, où il a fini à quatre pattes par terre et où une énorme trottinette qui traînait par là a décidé de basculer et avec la pointe de son guidon hyper lourd lui a explosé un doigt ! Ah enfin une fois le réel ! Et entre lui et le réel, au moins pour une fois, aucune vitre, juste une jolie giclée de sang.

C'est quand même mieux que le vide et la séparation non ?

Ah la séparation ! La barrière ! La frontière ! L'autre ! L'étranger ! Le mensonge !

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Le flixbus roule depuis quelques heures. L'intérieur du bus est chaud. Soudain tu dois aller pisser. Tu te lèves, tu te déplaces jusqu'à l'escalier de la porte médiane, tu descends les quelques marches, tu constates qu'il n'est pas marqué "occupé" sur la porte et tu t'en réjouis, tu presses la poignée, tu pousses, et là tu dois réfléchir à quelle partie du corps tu vas devoir enfiler en premier, il faut un peu de stratégie, sinon tu risques de te trouver à genoux sur la cuvette plutôt qu'assis. Tu constates qu'il n'y a pas de papier cul. Tu fais marche arrière, dans une tentative pour inverser la stratégie d'introduction du corps dans l'espace exigu. Si tu as de la chance tu ressors. De toute façon tu renonces à pisser.

Une heure trente plus tard, le flixbus sort de l'autoroute, il s'arrête en plein soleil. Juste à côté d'un espace jeux d'enfants. Disons un jeu "pour" les enfants. Parce que ce n'est pas du tout un jeu d'enfant d'entrer là dedans. Le garçon nu assis à la nuque raide qui a eu besoin de pisser aimerait jouer un moment à la balançoire, ça lui rappelle des souvenirs de la petite enfance. L'herbe très verte de l'espace enfant et attirante. L'espace est entouré de grilles peintes en vert, vert comme l'herbe. Le garçon fait le tour de l'extérieur de la grille, il ne trouve pas de porte d'entrée.

Comme il n'a pas pu atteindre les balançoires, il se souvient de l'image reçue en cadeau de la femme avec la montagne très belle mais inatteignable. Il constate que les vitres sont parfois remplacées par des grilles. Il se concentre alors avec énergie malgré son besoin de pisser et bientôt il réussit à créer la sensation que son corps glisse dans l'air comme sur une balançoire pour enfants, ça plonge en avant, les bras tirent sur les cordes pour accentuer l'élan et après le creux de la vague ça remonte, ça remonte vers le ciel. Au plus près du ciel il y a un ralentissement, puis un instant de suspens qui te donne le vertige, puis ça repart dans l'autre sens dans une nouvelle chute, cette fois en arrière, puis ça remonte vers le ciel mais cette fois tu ne le vois pas le ciel bleu, parce qu'il est dans ton dos et tes yeux se contentent de regarder l'herbe verte sous tes pieds. Et ainsi de suite. Le garçon nu à la nuque raide est assis sur une balançoire imaginaire et constate qu'il n'a plus besoin de pisser.

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Il y a une règle. Certains humains apprécient énormément les règles. Tu dois déposer chaque jour une image ou un texte fabriqué de ce même jour. Mais comme "les pères ont choisi de se taire", que "les mères ont remué leur lèvres mais n'ont pas été écoutées", et que "l'animiste ne retrouve plus son âme", tout devient difficile. Comment déposer des images ou des textes qui ont disparu en même temps que l'âme, ou qui ont peut-être été fabriqués mais qu'en l'absence de l'âme tu ne reconnais plus du tout - "mais non ça ne peut pas être moi qui ai fabriqué ça"!

Quand la séparation par les vitres éloigne tout, quand l'absence efface l'âme, quand la cacophonie t'abasourdit, les règles ne sont plus droites du tout, les crayons n'ont plus de mine, les règles servent de barreaux aux prisons, alors il vaut mieux que les règles se mettent à couler des ventres des femmes, au moins c'est comme l'âme qui s'échappe dans la mort, et ça va recréer la possibilité de la vie, sans aucune règle bien droite et sans barreaux de prison.

'Lil' Bobby Hutton avait 17 ans, les pigs de Auckland avaient ordre de le tuer, le boulot a été fait. Selon la règle, bien droite comme un barreau de prison ou comme un flingue ou comme un phallus en érection.

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