GE
Salon de la photographie à Genève, au Centre International de Conférence
l'autre, la voilà ! et qu'est-ce qu'elle me fout au ventre celle-là ?
d'abord, pas la moindre sensation de beauté, ce qui me fait du bien, j'aime pas les arrogantes ni les arrogants ... la pousse me jette à la gueule qu'elle a été mal cadrée, encore un morceau de prétention qui sort de scène par la porte de service ... ce qui me fouille le ventre tout de suite c'est un chaos bordellique, et devant l'écran j'ai tout de suite vu des images de Gaza et du Liban, bien... bien ... elle ne fuit pas la réalité cette image ... mais aussi la matière cassée et sale de la copine qui sort de terre après que le jardinier a tout bazardé il y a une semaine ... le fond est flou, on distingue pas grand chose mais on s'en fout ... il y a quand même de la lumière qui se crashe vers nous, on n'est donc pas tout seuls, un bon point pour le moral, mais sans arrogance occidentale bien confortable !
ce qui est certain c'est que celle-ci ne sera jamais acceptée ni dans un musée ni dans une galerie ni dans un salon ! tant mieux dans le fond ...
mais entre les deux, celle d'hier et celle d'aujourd'hui, je ne choisis pas: à chaque choix qu'il faut bien faire, je choisis comme ça dans le rythme des jours, le bordel, le chaos, ou parfois un petit coup de joli, pourquoi pas hein !
///« Je vais te parler d'une petite fille que je rencontre de temps à autres et qui s'appelle Jeanne... »
Dans sa famille, il n'y a pas de télévision, pas de journaux, mais beaucoup de livres. Elle n'a donc aucune idée de ce que ça veut dire d'avaler quotidiennement des informations transmises, ou manipulée par des médias qui sont là pour exprimer uniquement les perceptions des événements à travers l'œil de ceux qui se sentent supérieurs et surtout jamais coupables de rien.
Des fois, la nuit, Jeanne reprend conscience légèrement au milieu de son sommeil. Elle imagine des choses... disons plutôt que des 'choses' se promènent en elle. Ces 'choses' sont parfois liés à ces événements dont elle entend vaguement parler à la maison, comme s'il valait mieux ne pas en parler devant elle. Les enfants en entendent beaucoup de choses.
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///« Tu sais, Jeanne, c'est la petite fille qui s'éveille à moitié la nuit... »
« Oui, oui, je me souviens. »
Jeanne ne sait pas très bien ce qu'est la mort. Elle ne comprend pas bien non plus ce qui se passe quand une maison est bombardée. Ce qu'elle saisit bien, par contre, ce sont les émotions qui agitent ses parents autour de ce massacre quelque part loin d'ici. Elle saisit tout à fait bien l'incrédulité de ses parents, leur douleur, leur colère, leur désespoir d'impuissance. On peut même dire que toutes ces choses qui agitent les corps de ses parents pénètrent le sien avec force et en secret.
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