216.73.216.57--0.0.0.216GE - Une photo par jour

Le flixbus roule depuis quelques heures. L'intérieur du bus est chaud. Soudain tu dois aller pisser. Tu te lèves, tu te déplaces jusqu'à l'escalier de la porte médiane, tu descends les quelques marches, tu constates qu'il n'est pas marqué "occupé" sur la porte et tu t'en réjouis, tu presses la poignée, tu pousses, et là tu dois réfléchir à quelle partie du corps tu vas devoir enfiler en premier, il faut un peu de stratégie, sinon tu risques de te trouver à genoux sur la cuvette plutôt qu'assis. Tu constates qu'il n'y a pas de papier cul. Tu fais marche arrière, dans une tentative pour inverser la stratégie d'introduction du corps dans l'espace exigu. Si tu as de la chance tu ressors. De toute façon tu renonces à pisser.  

 

Une heure trente plus tard, le flixbus sort de l'autoroute, il s'arrête en plein soleil. Juste à côté d'un espace jeux d'enfants. Disons un jeu "pour" les enfants. Parce que ce n'est pas du tout un jeu d'enfant d'entrer là dedans. Le garçon nu assis à la nuque raide qui a eu besoin de pisser aimerait jouer un moment à la balançoire, ça lui rappelle des souvenirs de la petite enfance. L'herbe très verte de l'espace enfant et attirante. L'espace est entouré de grilles peintes en vert, vert comme l'herbe. Le garçon fait le tour de l'extérieur de la grille, il ne trouve pas de porte d'entrée.  

 

Comme il n'a pas pu atteindre les balançoires, il se souvient de l'image reçue en cadeau de la femme avec la montagne très belle mais inatteignable. Il constate que les vitres sont parfois remplacées par des grilles. Il se concentre alors avec énergie malgré son besoin de pisser et bientôt il réussit à créer la sensation que son corps glisse dans l'air comme sur une balançoire pour enfants, ça plonge en avant, les bras tirent sur les cordes pour accentuer l'élan et après le creux de la vague ça remonte, ça remonte vers le ciel. Au plus près du ciel il y a un ralentissement, puis un instant de suspens qui te donne le vertige, puis ça repart dans l'autre sens dans une nouvelle chute, cette fois en arrière, puis ça remonte vers le ciel mais cette fois tu ne le vois pas le ciel bleu, parce qu'il est dans ton dos et tes yeux se contentent de regarder l'herbe verte sous tes pieds. Et ainsi de suite. Le garçon nu à la nuque raide est assis sur une balançoire imaginaire et constate qu'il n'a plus besoin de pisser.

[Max Jacot]

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