216.73.216.197--0.0.0.216GE - Une photo par jour

Max Jacot

Juillet 2026

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31.07.2026 -

23h47, le sac à dos tombe par terre, le corps se déshabille, le garçon à la nuque raide est de nouveau nu , il pisse d'abord, et puis penché sur le minuscule lavabo dans le couloir faire couler l'eau du robinet ... attendre qu'elle soit bien froide approcher le visage du flux blanc scintillant de l'eau, un peu comme le serpent de métal dans le sombre, mais plus gai oui plus gai, avancer des lèvres et les entrouvrir sentir le remue-ménage comme celui d'un torrent dans la montagne, frais rapide sautillant et se mêler à ce flux en dérober une petite partie grâce aux lèvres et à la langue et le flux sautillant dévié coule au fond de la langue de la bouche toujours sautillant et frais ça plonge dans les tuyaux ça descend dans le corps partout jusqu'à ce que ce flux ce soit mélangé à tous les rythmes du corps, sang qui circule pensées épuisées qui ne peuvent s'arrêter le dernier morceau de pain avalé dans le train qui n'est plus qu'une bouillie et continue de descendre et tous les rythmes font une musique la musique du corps, la musique de la vie, mais ce soir la vie est épuisée, fermer le robinet, se redresser, marcher en vacillant couloir chambre le matelas est par terre ne plus se retenir debout se laisser tomber comme une mort ne plus penser ne plus réfléchir ne plus sentir replonger dans le ventre maternel se laisser mourir heureux, tout s'arrête tout se tait il n'y a plus rien...

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30.07.2026 -

20h33 le tram est beau comme un carrosse. Le cheval renifle l'écurie. Ça piaffe debout, ça se serre de près dans le véhicule.

Cinquième arrêt. Terminus tout le monde descend. Pas d'explication. La cargaison de corps se déverse et s'étale dans les bordures d'herbe jaunie, ou alors s'assied sur les rebords des trottoirs, les courageux partent à pied. Imaginer le trajet à pied c'est juste une souffrance, un impossible, au moins une heure, alors tu renonces, tu ne veux pas savoir. La route est entravée de corps, les voitures ne passent plus, les minutes passent, mais pas les voitures.

21h03 Un bus , ah bon ! Encore une fois les corps se serrent, beaucoup restent dehors. Départ . D'abord tu reconnais la route, ça semble rassurant. Et puis ça quitte la route, petite rue virage à gauche virage à droite paysage inconnu. Et puis stop. Les portes s'ouvrent . Silence. Comme si tout était fini. Mais le moteur tourne les portes restent ouvertes, il y en a qui s'enfuient. Si tu ne penses à rien si tu restes assis si tu regardes en l'air la nuque raide et le dos fatigué, si tu attends assez longtemps, les portes se referment, toujours silence, le moteur pousse parfois des colères, la carcasse se secoue. Encore des chemins inconnus dans le noir. Bientôt 21h45. Stop. Porte ouverte. Moteur ronronne. Attente. Les découragés sortent, s'enfuient , ceux qui sont restés ont des têtes d'explorateurs perdus en Amazonie. 22h25. Les portes se ferment ça redémarre, toujours silence. Le trajet toujours plus noir toujours plus mystérieux. Finalement on est assez bien installés. On pourrait faire toute la nuit comme ça. Ça dure mais stop. Portes ouvertes moteur qui tourne silence, encore des fuyards, les persévérants deviennent rares. Attente, silence. Tu te regardes avec les rares voisins, les yeux ne sont pas inquiets du tout, ils et elles ont la nuit devant eux après tout. Toujours attendre. Les yeux s'interrogent parfois l'un l'autre, personne ne sait rien et peu à peu il y a comme un virage dans les corps, les joues les lèvres les paupières se détendent les mains s'abandonnent les yeux deviennent malins ils font des signes à d'autres yeux, et peu à peu ça se répand entre les sièges dans la cage mystérieuse du bus où nous sommes enfermés comme des bêtes au zoo, et alors c'est quelque chose de très doux qui commence, par place, éparpillé, à l'avant à l'arrière, quelques petits bruits, ça se répète, ça s'échange, les yeux s'animent encore plus, as-tu fini par comprendre, c'est le rire, oui le rire, ça rit de partout, tu es presque heureux tu ris, tu ris avec ta voisine ton voisin, tu rirais bien avec le chauffeur mais il est toujours caché dans sa cabine et de plus en plus silencieux, alors on rit sans lui, et les portes se ferment et le moteur rage un petit coup pour démarrer sec et ça continue de rouler dans le noir entre des petites maisons dans des jardins...

Et tout à coup au loin comme dans le métro à Naples tu te souviens, on voit de la lumière au bout du chemin ! Ça se rapproche, on rit toujours mais moins fort, ça se rapproche on regarde et bientôt l'engin à moteur débouche sur une grande rue . Presque une avenue . On la connais celle-là. On n'est pas encore là où on veut aller, mais on a avancé. Au bout de l'avenue stop. Et là le moteur s'arrête. Les portes s'ouvrent. Terminus tout le monde descend. Enfin le chauffeur a causé. Cette fois on sort ça a l'air plus sérieux on avance pour demander au chauffeur « ça va pas plus loin ? » non ça va pas plus loin, d'ailleurs lui le chauffeur et il ne sait rien il n'a aucune idée mais il s'arrête là .

23h15. Le sac sur le dos. Et ça recommence. Comme chaque jour, comme toute la vie, tirer le genou vers le haut avancer le pied perdre légèrement l'équilibre pour que la chute vers plus loin te fasse déjà gagné 30 cm, mais tu ne tombes pas ton corps est malin il fait ça depuis si longtemps l'autre pied s'est levé, le corps s'est équilibré, c'est l'autre genou qui s'est levé et qui se projette un peu en avant ce qui fait tomber le corps mais le corps est malin il se rattrape toujours, et cela tu l'appelles la marche, et tu as l'impression que tu vas une fois oublier de tirer l'autre pied là où il faut pour que l'éternité du geste qui se répète puisse continuer, et tu penses de plus en plus que si une jambe renonce, tu vas tomber par terre, avec le sac qui t'écrase qui se décale sur ta nuque et qui te pousse la gueule par terre contre le goudron. Et que tu resteras là et tu décideras de ne plus bouger. Mais ça c'est juste la joie du fantasme, la joie de la fiction, tu as tellement l'habitude depuis tant de jours depuis le tant de mois depuis tant d'années toute la vie, lever un genou le tirer en avant perdre l'équilibre te rattraper avec l'autre pied et continuer... Continuer continuer...

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29.07.2026 -

Lyon. 17h02. Dans le brûlant du béton un garçon passe avec un révolver en plastique, il gicle l'eau sur les visages, les nuques se détendent , et les yeux partent au ciel, les cervelles reprennent légèrement conscience.

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28.07.2026 -

Bruxelles. 9h47 Le train 9826 a disparu.

Trois heures d'attente. Marcher n'importe où. Longer la rue Basse, la tête basse et les yeux demi fermés, du côté de l'ombre minuscule sous les immeubles, et puis la place du Jeu de Balle. Et toujours droit devant. Au bout de la rue Basse on trouvera peut-être une camionnette à gaufre !

Non pas de camionnette à gaufres !

On redescend et on pénètre dans le frais de l'église. Et plus tard encore un peu plus vers le fond de la ville...

Nous tombons assis sur les blocs de béton au centre du skatepark, s'abriter du soleil brûlant sous une petite végétation.... Il n'y a pas le bruit sec et dur des planches contre le béton quand le corps s'élève et retombe, aucun grondement de roulement des petites roues de caoutchouc durci, les corps ne bougent pas , la chaleur unit toutes les pensées assemblées sur ces courbes de béton peinte de grands visage colorés, elle unit tout ça sous la chaleur dans une sorte de stupeur douce et d'immobilité lente. Probablement qu'on a dormi. Pour gagner du temps on regarde doucement tourner l'aiguille dans le cadran de la montre accrochée au poignet. Puis la longue rue Basse en retour. Arrêt à la Sardine chez Monique, c'est tout étroit, il fait chaud comme dehors, Monique transpire, les sardines se débattent, les anchois se couchent sans protester entre les tranches de pain, on s'assied sur le seul coin d'ombre du Jeu de Balle, la bouche s'ouvre grande et les sardines frétillent dans les tuyaux, l'estomac s'apaise.

12h28 Bientôt l'heure de grimper jouer les sardines dans les boîtes à transport du train, elles nous attendent à la queue leu leu sur le chemin de fer.

Dans le train, il y a bien sûr les passagers qui exhibent fièrement leurs billets valides, mais avec en plus une grande partie des abandonnés du train 9826 disparu trois heures plus tôt. Quiproquos embryons de disputes et corps debout dans les couloirs.

Les séparés désespérés s'envoient des SMS.
Est-ce que tu es assise ?
Moi je suis assis dans les bagages à la place de ta valise jaune qui se trouve en dessus de moi près du plafond ...
Je ne serais pas vraiment étonné si on rate la correspondance à Lyon.
Bise.


Dans la bataille des places assises, une femme puissante, au bassin comme une citerne de train dans un western. Sur des grandes pattes en bordure du chemin de fer.

Je la vois tout à fait, si un malheureux affiche l'intention de lui piquer sa place, se dresser et se mettre debout, et les yeux froids sortir ses deux colts à la fois. Qui étaient accrochés à sa ceinture de cuir.
Et puis les balles sifflent dans le désert brûlant, l'adversaire tombe raide, silence.
Avant de renfiler les flingues dans leurs cuirs, elle se rassied au milieu des banquettes encombrées de valises immenses, et souffle sur la pointe des canons, là où les trous sombres qui ont craché le diable en frémissent encore ! Il vaudrait mieux que ça ne brûle pas le tissu soyeux de sa robe !
Pour l'instant deux délicieuses petites filles à sa gauche et à sa droite lui servent de nouveaux revolvers qui crachent en tir continu des cris de désespoir brûlants comme des balles blindées ! Et cette fusillade-là va durer presque jusqu'à Marne-la-vallée. Survient alors le papa qui soulève dans ses bras les deux mitrailleuses enfantines, et les deux jumelles cessent illico de pleurer ! Ce mec est une merveille, tout le wagon le constate, Supernounou Superman en même temps ! Oui on l'a bien vu presque sans se ralentir dans son apparition surnaturelle, il a monté les énormes valises de toutes les filles debout dans le couloir jusque dans les machins à bagages ! On en fait plus assez des comme ça !

Malheureusement ils descendent tous à Marne-la-Vallée, et le wagon se retrouve dans un silence de cathédrale.. depuis, on s'ennuie un tout petit peu quand même...

16h14 Les heures roulent lentement comme des boules de billard fatiguées, les yeux se ferment, le paysage défile indéfiniment mais c'est curieux c'est toujours le même qui recommence.

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27.07.2026 -

Le garçon nu a cessé de regarder le ciel et n'est plus assis par terre avec sa nuque raidie. Il se tient debout dans le hall de gare, il ne peut résister au besoin de prendre un billet et de s'en aller. Il n'arrive pas à savoir pourquoi. Pourquoi il lui faut toujours retourner à Gand. Marcher doucement sur les esplanades, lentement se rapprocher de Saint-Bavon, payer la petite contribution, recevoir son billet, monter les escaliers compliqués, sentir l'émotion, la proximité, se retrouver au seuil de la vision, ouvrir les yeux ou fermer les yeux c'est de toute façon la même chose, l'image est là depuis si longtemps, dans la cathédrale et dans les émotions. Il n'arrive pas à savoir pourquoi. S'il y a une des six ou sept chaises qui se trouve libre, il s'asseye. Il laisse le regard subir l'attraction, la nécessité, le désir, la séduction du mystère. Surtout ne pas chercher à comprendre ! Bien sûr l'herbe qui entoure et sépare les divers groupes de personnages et les paysages au fond, cette herbe est encore plus attirante qu'une belle prairie dans la réalité. Tu aimerais tomber par terre et te rouler dans l'herbe et sentir chaque brin d'herbe qui chatouille ta peau. Bien sûr il y a l'agneau sur un support qui pourrait servir de piédestal, il est entouré de présences fascinées. Juste quelques-unes. L'agneau n'a pas un regard particulièrement intelligent, mais sa naïveté et sa simplicité lui donnent sa beauté extraordinaire. Évite plutôt de paraître intelligent mon ami ! Mais les yeux ne peuvent se retenir de toujours retourner à l'herbe, tout simplement à l'herbe, comme une des choses les plus douces de la création.

La peinture de la Renaissance est la peinture d'une des pires époques meurtrière de la civilisation blanche. Pourtant cette peinture représente tous les êtres, même mythologiques divins ou prolétaires, dans une extraordinaire naïveté et on aimerait dire que la beauté vient d'une sorte de laideur des corps, une laideur entièrement dévoué au réel. Jamais aucun être surnaturel, fantastique ou splendide! Non, surtout pas, mais la bêtise, la laideur, le ridicule, qui sont la vraie beauté. Ne sommes-nous pas tous bêtes laids et ridicules ? Et ne sommes-nous pas vrais et beaux ? Pas autant que l'herbe de l'Agneau mystique bien sûr mais tout de même nous avons déjà quelque chose. Cette simplicité dans la peinture de la Renaissance figure vraiment les humains avec la vérité des animaux. Dans les autres panneaux du retable, Adam à gauche en haut et Ève symétriquement à droite, tous les deux nus, et d'une banalité de corps merveilleuse. Si aujourd'hui je devais refaire une image comme celle-là, en toute humilité, je mettrais à Adam un slip et à Ève une culotte, et pour avoir des objets à reproduire j'irais dans le supermarché le plus stupide et j'achèterai le slip et la culotte les moins extraordinaires et les moins coûteux. Un slip et une culotte de pauvresse et de pauvre.

Le garçon nu est debout, la nuque souple, le regard ouvert comme un sexe femelle pour y laisser pénétrer l'image dans tous ses intérieurs, il est immobile mais à l'intérieur de lui tout vibre et se secoue dans une fantastique tempête. Il sait qu'il reviendra à Gand parce que l'herbe verte de l'Agneau mystique l'attire plus que tout.

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26.07.2026 -

Intermède : il y a depuis longtemps une grande image, depuis des années, toujours dans le même lieu. Tunnel. Directement à même les pierres du mur. On se met à la chercher. C'est comme ça, à chaque fois, le corps nu désire la voir encore une fois. Mais on ne trouve rien. L'image du tunnel a disparu.

Pas grave , tu peux toujours la raconter. Le garçon nu lui a donné un nom:

souvenir d'une culture avortée...

dans un sous-voie sale et sombre
hors de toute culture
le grand ventre peinturluré de blanc
comme un large paquet d'émotion et de signification
c'est le premier qui attire le regard
le torse tracé brutalement par la veste rouge abandonnée
glisse une giclée de sang dans ce lieu qu'on nomme 'Querelle'
pour tête une des plus banales images médiatiques
jocondée et surdéterminée jusqu'au vomissement
ça fait dans toute cette chose qui parle fort
un trou un vide une absence
comme bijou une coulée de peinture jetée au mur
et tendue vers le ciel de pierre du tunnel
une main animale ou enfantine tient un soleil brisé
l'autre main christiquement clouée
brandit un petit cadre à l'image indéchiffrable

comme le souvenir d'une culture avortée

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25.07.2026 -

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24.07.2026 -

Le corps commence de se lever sur ses bras et ça soulage les genoux et les jambes qui grimpent sur leurs pieds. Il y a des mains qui aident à se mettre debout. Tout reste flou, il y a un peu de bruit de parole, mais pas encore beaucoup de cohérence qui aiderait à comprendre quelque chose. Les yeux parcourent au hasard des parties du corps, celle qui a reçu le choc bien sûr entre autres. Les yeux regardent le sang, c'est un peu rassurant dans un sens, il n'y a pas tellement de sang, ça amène un peu de stabilité dans les perceptions. Et on comprend qu'il faut recommencer, recommencer de tirer sur les genoux, lever les pattes, tirer vers l'avant poser quelque chose du corps un petit peu plus loin dans on ne sait pas quelle direction. Mais en tout cas on y va.

Il y a presque un peu de gaieté, c'est drôle, on a recommencé d'avancer. Il y a maintenant tout un ballet des bruits de voix, il faut parfois écarter la chose blanche qui entoure l'endroit qui a reçu le choc et ce truc blanc se remplit de plus en plus de sang. Quand il faut l'écarter pour montrer à quelqu'un , c'est un peu rigolo, à une petite échelle , c'est une sorte de mignonne boucherie, ou de charcuterie si tu veux. Les voix se penchent s'exclament un peu et tendent le bras dans une direction ou une autre. C'est peut-être par là qu'il faudrait se diriger. Enfin , diriger , comme si on maîtrisait quoi que ce soit. Alors sous le soleil, les pattes se remettent presque au même rythme que depuis si longtemps. Mais avec un peu plus de signification. On sait qu'on cherche quelque chose. Quelque chose qui n'est pas simple à trouver. D'autres voix, d'autres doigts qui montrent des directions, des avancées dans un sens, des retours en arrière, longer des petits rues sombres où il fait un peu plus frais, mais là où on va, c'est de moins en moins clair. Mais enfin on avance toujours.

On a beaucoup tourné, dans des ruelles, et on finit peut-être par arriver quelque part. Un bâtiment blanc. Grilles de fer peintes en vert. Une cour, des véhicules, barrière guichet gendarmes tu soulèves le petit truc blanc plein de sang, ça ouvre les portes, diverses relations avec des humains, attente.

Ce corps est identifié, carte d'identité, il a été allongé sur une table de cuir, rembourrée dur, et couverte d'un drap de papier, et re-attente ... quelqu'un arrive avec une bouteille d'apparence laiteuse avec une pipette recourbée, plusieurs giclées ça arrose les chair jusqu'à l'os, brûlure, brûlure, pas désagréable, efficace, attente...

Ils sont deux pour le boulot de couturière. Une femme et un homme. Recréer la silhouette à peu près raisonnable et perceptible d'un doigt dénudé et massacré. Les quatre mains se mettent au travail, resserrer les bordures du canyon de chair, repousser dedans ce qui a débordé, comme quand tu bourre ton sac de montagne avant le départ de l'excursion, presser, tenir ensemble, autant que possible. puis la machine à coudre manuelle, une sorte de petit sextant avec une aiguille courbe, on pénètre dans la peau d'un côté on traverse le canyon de chair , on retraverse la peau mais cette fois en dessous et vers l'extérieur, on noue le fil noir et on rapproche du mieux que l'on peut les deux bords de la fente dans le paysage fracassé du doigt. Tamponner le sang, ramener encore un peu de matière charnelle, car il y a du boulot, jeter un coup d'?il au blessé pour se faire une idée de son état, enfiler un nouveau fil noir dans le chat de l'aiguille, recommencer un peu plus loin sur la longue falaise de chair. Après une trentaine de minutes les couturiers ont l'air satisfait du résultat.

Debout. Ça ne vacille pas trop.

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23.07.2026 -

Et puis une certaine partie précise de ce corps devient d'un seul coup le centre de tout. Le centre de tout ce qui se passe, le focus de l'événement - comme disent les faux culs - le focus de la chose, dont on ne sait encore absolument rien, sauf que ça n'a rien à voir avec l'infinie accumulation de pas tirés poussés l'un derrière l'autre depuis si longtemps.

Tout se concentre dans cet endroit précis de ce corps-là, un endroit où il y a de l'os, de la chair par-dessus, pas très épaisse, et un peu de peau assez fine qui tente de tenir le tout plus ou moins ensemble. Il n'y a pas de conscience, aucun esprit ne va si vite, n'oublie pas, il y a tout juste deux secondes que le changement a cogné, et il y a juste la peau la chair et l'os qui ressentent l'événement. Impossible non plus d'analyser la source du choc. Depuis l'instant de la trébuche, et pendant la fraction de seconde presque de douceur à quatre pattes sur le sol, aux quatre coins de ce corps, la chair, les muscles, les nerfs et les forces de réaction tentent de saisir la chose dont on ne sait rien. Difficile de comprendre. Aucune idée de ce qui devrait peut-être être fait pour prévenir, ou éviter, éviter on ne sait pas quoi d'ailleurs qui est en train d'arriver sur ce corps.

En tout cas ce qui cogne sur cet endroit du corps devenu le centre de tout, c'est lourd. C'est lourd et ça cogne fort. La peau n'a pas tenu le choc un seul instant. Zébrée aussitôt d'une déchirure en zigzag. Derrière la protection superficielle qui a déjà laissé tomber son boulot, la chair les muscles s'éclate de manière un peu plus incohérente, un peu moins esthétique que le joli zébrage de la peau. Encore toute blanchâtre la chair avant que le sang (ne ??) commence de réagir et de se précipiter par la brèche. La chair n'envoie pas beaucoup de signaux de douleur, semble-t-il. La chose lourde tombée comme un marteau, l'a traversée sans problème, la petite chair toute mignonne. L'os peut-être à nu déjà, se déforme et s'écrase un peu mais il ne rompt pas. Il envoie dans les circuits de ce corps quelques courtes décharges d'annonce de douleur. Comme la petite information médiatique minimale quand une guerre a frappé chez les arabes, 250 morts, surtout pas de noms, pas de parcours de vie interrompu, ça sortirait de son confort le petit salopard de spectateur assis dans son canapé! Il ne faut surtout pas qu'il risque d'imaginer que ça pourrait lui arriver à lui, là sur son canapé.

Dans ce corps, ça perçoit que probablement l'événement est terminé. Mais il n'y a encore aucune compréhension.

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22.07.2026 -

Et puis voilà que le sombre des couloirs s'éclaire là-bas, là-bas tout au fond, on est surpris, on avance plus vite, la lumière ça t'attire. Ce corps vacille, ça lève les pieds avec effort pour ne pas accrocher un relief du sol. Plus on avance dans le couloir plus ça éblouit. Ça aveugle. Dernier petit escalier, les yeux acceptent la lumière, et alors des arbres, des feuilles, l'éblouissement s'adoucit, avancer encore avancer encore, cette répétition accumulée de geste et de désir vers plus loin, plus loin, cet effort si constant, si régulier, qui ne devrait jamais arriver à son bout, et dans cette répétition inlassable tout à coup ... une surprise.

Mais alors vraiment une surprise !

Surprise ! Suspendu dans le vide. Suspendu à l'intérieur d'une seconde , plus aucune répétition, plus aucun effort, toute la séquence de ce corps s'est envolée vers un autre monde inconnu. On ne sait pas encore si ça fait peur, on ne sait pas encore si ça va être terrifiant, on ne sait pas si on va se mettre à rigoler. On ne sait rien du tout pendant cette seconde qui s'allonge s'allonge dans un vide total.

Et alors le suspendu dans l'air et dans le temps, ça cesse. Paf. Et ça s'écrase sur les larges pavés de pierre usée, ces pavés qui portent et poussent sans fin tous les efforts qui se succèdent depuis des périodes, des époques, des civilisations, toujours le même effort les genoux tirés vers le haut, les pieds ou les pattes qui se posent juste un peu plus loin, et le corps qui se laisse presque chuter pour se retrouver en équilibre instable juste un peu plus loin, toujours, toute la journée, toute la vie.

Ce corps ou cette chose reçois dans la surprise un très court instant de calme. À quatre pattes sur la pierre des pavés. C'est presque doux. Tombé. Oui tombé par terre. Très court cet instant, très très court. Presque bienfaisant.

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21.07.2026 -

Ce corps là, il marche depuis très longtemps. Des jours. Dans la lumière éblouissante. Mais depuis un moment tout a changé. Maintenant c'est sous la terre, dans le sombre. Les yeux de chouette fatiguent. Les couloirs parfois couverts de mosaïques incompréhensibles défilent défilent, c'est comme une prison, on dirait toujours le même mur, toujours le même mur, pourtant on est parfois tout au fond et d'autres fois presque à la surface. Et puis escalier, et alors ce corps vacille en travers des marches. Ou alors escalator, et alors ça te donne une instant de repos.

Et il y a eu le soleil avant. N'oublie pas ! D'autres escaliers dans la lumière. Beaucoup de petites rues avec les klaxons et les machines à deux roues qui te frôlent.

Pour l'instant plus de soleil ni d'espace infini, c'est l'ombre et le noir. Des portes s'ouvrent, on se laisse entraîner, on entre dans une longue machine de fer.

On reste figé à l'intérieur d'un serpent dans le noir, un serpent qui gronde et siffle, avec des portes qui s'ouvrent parfois, et des sièges pour les fatigués. On s'assied. Le serpent dans le noir ne digère pas les corps qu'il avale sans cesse , il les pousse seulement plus loin, travailler, retrouver la maison, touristiquer mais ne rien risquer , continuer, une heure de plus, un jour de plus, parfois vite courir voir le nouveau-né à la maternité !

Ce corps là, maintenant assis, il laisse la respiration retrouver sa musique , il recommence d'entendre les bruits du corps derrière le bruit des roues, il reprend conscience de son cul sur le siège dur. Mais le sombre est vivant. Le sombre défile, défile, le serpent coulisse avec un bruit de fer dans des tuyaux de pierre, parfois une lumière éclate, quand les portes s'ouvrent, certains captifs s'enfuient dans d'autres tuyaux de pierre, peut-être pour se jeter dans le corps tortueux d'un autre serpent, les portes se referment, les autres captifs et les nouveaux captifs ont des visages neutres, rêvent-t-ils de lumière ? Rêvent-t-ils de tenir un bébé dans les bras ? Ou rêvent-t-ils plutôt de serrer le corps d'un homme ou d'une femme dans les bras nus dans le chaos des draps ? Rêvent-t-ils de toujours courir plus loin ou de se faire avaler par les serpents de fer ? Rêvent-t-ils de la fin du monde ou du début de l'épisode du feuilleton ? Rêvent-t-ils de chanter dans la forêt ou de crier devant la mer ?

Mais il faut de nouveau bouger. Encore une fois. Toujours couloirs. Damné. Bosch. Enfer. Les petites séquences de lettres sur des panneaux dansent dans les yeux flous, elles ont dit que c'est comme ça, il faut se lever, il faut se remettre sur les jambes, il faut repartir dans le noir, escalier, ascenseur peut-être, fatigue.

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20.07.2026 -

Milan est une ville sérieuse. On la quitte. Train. Durée 3h. Sortir du train, ça vacille encore. Intérieur de Gare. Vitres partout. Ici c'est Naples ! Le vacillement traverse une porte vitrée. Place de la gare, Naples, Napoli. Comme les cailloux, comme les scarabées, comme les chemises à fleurs, comme les pompes à vélo, comme parfois les humains, Naples ça une âme. Bordel infini. Le cerveau débranche instantanément. Le corps est aux commandes. Joie. Les oreilles font les folles. Chacune pour elle-même. Aucune règle. Pas de limite. Il y a plus de chef dans le corps. Les muscles décident. Le sang, les nerfs, les yeux qui en prennent plein la gueule, chaque organe se sent exister.

Il n'y en a qu'un qui ne joue pas le jeu, qui boude. Le bon vieux vacillement - tu sais celui qui était tout puissant dans les escaliers du métro à Milan ! Les oreilles lui envoient encore plus n'importe quoi que d'habitude. Il est un peu gêné de sa connerie. Il baisse la voix. Il se tait. Tout le monde s'en fout de lui. Peut-être qu'il s'éclipse discrètement le vacillement. Personne n'a besoin de lui. Ciao.

Le garçon assis n'a plus la nuque raide, il s'est mis debout. Le garçon les yeux au ciel regarde maintenant tout autour de lui. Le garçon nu ne vacille plus. Le garçon nu rit et fonce tout droit dans le bordel napolitain. Arrive face à lui un aveugle qui tire des bords plein milieu du trafic sans regarder, il n'a pas de canne blanche. Le garçon nu et l'aveugle se font un court signe de la main... Les voitures klaxonnent gaiement comme pour un mariage.

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19.07.2026 -

Le garçon à la nuque raide n'est plus assis, entre-temps il est arrivé à Milan. Depuis longtemps son cerveau est pris en tenaille entre l'oreille gauche qui ne s'érotise que sous les bruits aigus et l'oreille droite qui ne bande que pour les sons graves. Ça doit être pour ça qu'il imagine que chaque chose qui existe, qui fonctionne ou qui a choisi d'être statique comme un caillou, il imagine que tout ça, ça a une âme. Ses oreilles ont une âme, une pour chacune. Leurs âmes leur ont accordé le désir de jouer à désarçonner le cerveau. Il ne va pas gronder ses oreilles puisqu'elles ont une âme chacune. Il ne va quand même pas leur refuser le droit de déconner.

Directement c'est le cerveau qui subit la première conséquence. Le cerveau, qui a une âme, à lui aussi droit de déconner et d'emmerder la suite du corps. Alors c'est le bordel. Personne n'a rien choisi, personne n'est le chef, mais ça déconne sec. Il n'y a plus de stabilité, l'équilibre est fragile, ça tangue et ça vacille. Dans les couloirs du métro milanais quand il faut monter des escaliers, avec un sac sur le dos, les pattes, qui ont une âme, perdent la verticale, et l'horizontale aussi d'ailleurs. Il y a du brouillard dans la tête et le corps zigzague sur toute la largeur des escaliers sauf quand il peut s'accrocher à une main courante.

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18.07.2026 -

Il y a une règle. Certains humains apprécient énormément les règles. Tu dois déposer chaque jour une image ou un texte fabriqué de ce même jour. Mais comme "les pères ont choisi de se taire", que "les mères ont remué leur lèvres mais n'ont pas été écoutées", et que "l'animiste ne retrouve plus son âme", tout devient difficile. Comment déposer des images ou des textes qui ont disparu en même temps que l'âme, ou qui ont peut-être été fabriqués mais qu'en l'absence de l'âme tu ne reconnais plus du tout - "mais non ça ne peut pas être moi qui ai fabriqué ça"!

Quand la séparation par les vitres éloigne tout, quand l'absence efface l'âme, quand la cacophonie t'abasourdit, les règles ne sont plus droites du tout, les crayons n'ont plus de mine, les règles servent de barreaux aux prisons, alors il vaut mieux que les règles se mettent à couler des ventres des femmes, au moins c'est comme l'âme qui s'échappe dans la mort, et ça va recréer la possibilité de la vie, sans aucune règle bien droite et sans barreaux de prison.

'Lil' Bobby Hutton avait 17 ans, les pigs de Auckland avaient ordre de le tuer, le boulot a été fait. Selon la règle, bien droite comme un barreau de prison ou comme un flingue ou comme un phallus en érection.

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17.07.2026 -

Le flixbus roule depuis quelques heures. L'intérieur du bus est chaud. Soudain tu dois aller pisser. Tu te lèves, tu te déplaces jusqu'à l'escalier de la porte médiane, tu descends les quelques marches, tu constates qu'il n'est pas marqué "occupé" sur la porte et tu t'en réjouis, tu presses la poignée, tu pousses, et là tu dois réfléchir à quelle partie du corps tu vas devoir enfiler en premier, il faut un peu de stratégie, sinon tu risques de te trouver à genoux sur la cuvette plutôt qu'assis. Tu constates qu'il n'y a pas de papier cul. Tu fais marche arrière, dans une tentative pour inverser la stratégie d'introduction du corps dans l'espace exigu. Si tu as de la chance tu ressors. De toute façon tu renonces à pisser.

Une heure trente plus tard, le flixbus sort de l'autoroute, il s'arrête en plein soleil. Juste à côté d'un espace jeux d'enfants. Disons un jeu "pour" les enfants. Parce que ce n'est pas du tout un jeu d'enfant d'entrer là dedans. Le garçon nu assis à la nuque raide qui a eu besoin de pisser aimerait jouer un moment à la balançoire, ça lui rappelle des souvenirs de la petite enfance. L'herbe très verte de l'espace enfant et attirante. L'espace est entouré de grilles peintes en vert, vert comme l'herbe. Le garçon fait le tour de l'extérieur de la grille, il ne trouve pas de porte d'entrée.

Comme il n'a pas pu atteindre les balançoires, il se souvient de l'image reçue en cadeau de la femme avec la montagne très belle mais inatteignable. Il constate que les vitres sont parfois remplacées par des grilles. Il se concentre alors avec énergie malgré son besoin de pisser et bientôt il réussit à créer la sensation que son corps glisse dans l'air comme sur une balançoire pour enfants, ça plonge en avant, les bras tirent sur les cordes pour accentuer l'élan et après le creux de la vague ça remonte, ça remonte vers le ciel. Au plus près du ciel il y a un ralentissement, puis un instant de suspens qui te donne le vertige, puis ça repart dans l'autre sens dans une nouvelle chute, cette fois en arrière, puis ça remonte vers le ciel mais cette fois tu ne le vois pas le ciel bleu, parce qu'il est dans ton dos et tes yeux se contentent de regarder l'herbe verte sous tes pieds. Et ainsi de suite. Le garçon nu à la nuque raide est assis sur une balançoire imaginaire et constate qu'il n'a plus besoin de pisser.

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16.07.2026 -

Ah je crois que j'ai compris, tu voulais faire un selfie de la belle montagne ! C'était une drôlement bonne idée au lieu de toujours tenter de faire des jolis selfies de nos vieilles gueules autrefois d'amour ! Mais une grande vitre a choisi de s'intercaler là au milieu pour casser la relation, la vitre voulait rester discrète, comme quand les politiciens choisissent de faire une guerre mais que les citoyens ne doivent pas comprendre l'arnaque avant que les balles leur traversent la peau.

La vitre qui aurait dû rester invisible a oublié de cacher ses bordures de métal. Évidemment cette intrusion presque invisible, ça change tout. Finalement nous ne cessons jamais d'être séparés par toutes sortes de vitres qui font semblant d'être transparentes, nous restons séparés du paysage, nous restons séparés de notre enfance, nous resterons séparés de nos amants, et quand tu as un peu de courage devant ton miroir (aïe encore une vitre !) il te faut bien constater que tu es encore séparé de toi-même par un truc invisible...



La seule chance il me semble afin de rejoindre la montagne, le paysage, le réel, les copains, et surtout soi-même, c'est que chaque fois que tu crois voir quelque chose qui a l'air tellement beau tellement réel et qui est si fortement relié avec toi, comme la montagne dans l'image reçue en cadeau, et bien tu t'avances avec résolution la tête bien penchée en avant et tu cognes avec acharnement dans le vide ! Comme ça chaque fois qu'il y a une vitre tu essayes au moins de la briser !

Le garçon nu assis la nuque raide a beaucoup pratiqué ça, mais il reconnaît que la plupart du temps alors qu'il fonce en avant, bien résolu comme un vilain bouc rageur en train d'attaquer sa propre image dans le miroir, finalement il n'y a aucun choc et ça ne casse rien, ça ne rencontre rien non plus et ça n'établit pas le contact avec la montagne qui t'attend au loin comme une amoureuse....

Mais au moins comme l'élan fantastique qui a été donné dans le bel enthousiasme ne rencontre aucune résistance, le garçon nu se casse simplement la gueule par terre, et on peux dire que là, là enfin, il rencontre le réel, sur les méchants cailloux du chemin ou sur autre chose de bien dur, comme cela vient de lui arriver à Naples justement, où il a fini à quatre pattes par terre et où une énorme trottinette qui traînait par là a décidé de basculer et avec la pointe de son guidon hyper lourd lui a explosé un doigt ! Ah enfin une fois le réel ! Et entre lui et le réel, au moins pour une fois, aucune vitre, juste une jolie giclée de sang.

C'est quand même mieux que le vide et la séparation non ?

Ah la séparation ! La barrière ! La frontière ! L'autre ! L'étranger ! Le mensonge !

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15.07.2026 -

Il y a des mois que ça dure. Quelques années. La cacophonie est si constante que l'âme s'efface. L'âme c'est ce qui trace la route, ce qui te fait choisir d'aller à gauche à droite de s'arrêter ou de mourir. De choisir de dire 'il est dimanche et il pleut' ou bien de prononcer 'aujourd'hui je vais tuer quelqu'un'.

Sans la présence de l'âme, comment pourrais-tu dessiner une image ? Et comment raconter une histoire ? Comment lever les bras ou tirer la jambe en avant ? Comment te plonger dans un rituel ?

Le garçon nu assis avec la nuque raide reçoit une image. C'est un cadeau. Reçu d'une femme qu'il aime bien, quand ils sont ensemble ils rient souvent. Sur l'image on voit une montagne, elle est belle, on voit aussi la femme avec un appareil dans la main. Mais tout n'est qu'illusion. Une vitre invisible introduit la cacophonie.

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14.07.2026 -

"Peut-être que nos pères avaient tort de s'accrocher et de se taire, il n'est jamais bon de se taire..." (uneparjour 06.05.2026)

Et le garçon est nu. Assis sur le plancher, les genoux attrapés entre les bras. Il a la tête au ciel, le regard vide, la nuque raide. ..

Quand tu n'as rien à dire ferme ta gueule.

La vie de 'Lil' Bobby Hutton lui a été arrachée ce 6e jour d'avril 1968 par les pigs de la police d'Auckland. Il avait 17 ans. Il ne se taisait pas.

Le garçon nu avoue parfois qu'il se sent animiste. Comme les sauvage, nègres ou de diverses couleurs. Il ne connaît rien aux religions, il dit ça au sens littéral simplement. Depuis quelques temps, justement, il ne trouve plus son âme, c'est le comble. Il ne la sens plus il n'arrive plus à la tâter, il y a autour de lui tant de bruit, du bruit sans rythme et sans sonorité, une cacophonie infinie de mensonge !

Une chose ou une âme en action, ça s'incarne dans le monde par une insistante succession d'instants, de jours, de trous, de lueurs partielles et de nuits. Quelques paroles, manger, pisser parfois rigoler.

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13.07.2026 - Le garçon nu animiste et son âme introuvable dans la cacophonie du monde.

De plus en plus violemment au cours des dernières années, je ne peux plus poursuivre ce que j'ai exécuté automatiquement depuis toujours, participer à la vie sociale, fabriquer des images, fermer les yeux sur le mensonge. Il reste pourtant quelque chose: écouter mon corps, écouter ma bêtise, m'insulter joyeusement devant le miroir, avouer mes impuissances et mes perversions. Et tout ça avec une tendre affection pour mon incapacité à tricher.

Il m'arrive souvent d'avoir à disposition des images, mais ma colère m'interdit de les utiliser, et je n'irai pas remplir des trous dans le temps comme les Daltons cassaient des cailloux. Je doute que beaucoup de mes amis UPJ liront ce feuilleton en hommage à la Folie du Voyage, pourtant j'ai tenté comme un furieux d'y rendre visible le dérapage, la blessure, la joie et la survie.

Mais oui tu sais, les petites silhouettes. Les corps à poil. Multitudes accumulées sur des toiles peintes par Jérôme Bosch, dans des paysages vus de haut... Vus par les dieux ? Pas sûr. Mâles aux sexes rabougris, piqués au cul par les fourches des diablotins, petites mamelles des femelles, comme des poires de caoutchouc fatiguées et punies. Enfers ? Purgatoires ? Toujours surveiller, toujours terroriser, toujours punir...

Pourquoi les corps ont-ils si peur de l'enfer, de la douleur, de la mort ? Je ne comprends pas.

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12.07.2026 -

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11.07.2026 -




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