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le patio est joliment fleuri, la pluie est annoncée, mais souvent incertaine chez nous, alors je soulève les jupes de feuillage des fleurs pour leur arroser les pieds, ne pas abîmer leurs pétales avec des gouttes d'eau qui en plus feraient loupe sous le soleil
une salle d'attente vide, un escalier décati, rencontre avec un "praticien tout terrain", au mur de son cabinet une reproduction évoquant l'attention que le corps médical portait aux élèves du primaire dans les années 60, les enfants en file indienne, torse nue, auscultés un à un
Elle n'aime pas que ça s'autogère sans elle. Que des lieux existent en dehors de la logique marchande, la logique de propriété, de hiérarchie.
Tout le long de l'année, elle se bat, élague, tond, coupe, balaye, rase, épure, gère, taille, cisaille, tronçonne, ramasse, composte.
Lui, souffle des graines minuscules. Innombrables. Qui prennent possession des fissures, des recoins, des failles, des bordures, des jachères, des interstices les plus cachés et qui se mettent à pousser. Les racines, millimètre après millimètre, font céder le bitume. Le distordent. Jour et nuit, ça pousse, ça se faufile, ça colonise, ça s'immisce, ça grandit. C'est insolent, c'est minuscule, c'est inarrêtable.
Et la ville se bat, s'épuise contre l'invasion du vivant.
///Loma et Belamo [1]
Loma et Belamo se voient souvent. Ils se sont rencontrés par hasard.Justement dans cette période où les rues sont vides. L'année 2020, l'année du Covid. Loma et Belamo sont très jeunes. Tous les bars sont fermés. Ils se sont rencontrés dans l'échoppe d'un syrien qui vend des canettes d'alcool avec des étiquettes bidon. A tout le monde, vieux ou jeunes.
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///Naples .. la Sanita ... les nouveaux nés se laissent toujours et encore bénir dans les pleurs, tout proches des morts des catacombes ... entre eux, juste quelques murs de pierres fragiles ... demain c'est aujourd'hui ...
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