GE
Mon désir d'y percevoir l'odeur
si discrète de ta peau à replis oubliés
de goût de sciure de bois et de cambouis
Batte ton cœur au rythme du monde
ouvre ta maison pensée au-delà
ta joie cueillie à la lumière d'or
donne l'infini pour seul refuge
Qui volera les mots
Qui révèlera leur rythme
Qui trouvera la mélodie
Qui fera taire enfin
une fleur brisée glacée
se répand le long de la vitre
La colère d'enfant l'a explosée
je reçois le fracas après le dégel
Défend, défend ton œuvre
Défend, défend tes droits
Défend, défend la civilisation
Et fend ton âme pour
laisser passer la lumière de l'Oubli
L'hiver apportait des plaques de verglas devant la porte je les brisais avec délice d'un coup de talon
Le vieux et la vieille regardent la rue
Mâchonnent le temps
Engloutissent la parole
tue
[Indigence]
mieux dit et plus prolo: la nana et le mec se secouent comme les branches fuyantes et enlaçantes d'un arbre qui voudrait se déraciner lui-même dans la tempête
[UPJ: paparazzi des arbres]
oui le vide est une sorte de manque mais aussi un plaisir de provocation, un pied de nez et un silence riche, un sourire moqueur... et encore une accolade à la solitude de mon voisin le migrant
... vaut-il mieux briser tout ce fini ? brouiller les saisons ? découper et recoller les vieilles pierres ? réinventer les arbres ?
[UPJ: paparazzi des arbres]
La ribambelle exigüe des multinationales écrasantes dévaste les démocraties assouvies par une orchestration haletante des politiques vénales.
Le déploiement virulent des exploitations minières assaillant les territoires fastueux en minéraux prestigieux extorque sournoisement les joyaux des nécessiteux prosternés.
L'affairisme scruté des adulateurs sentencieux s'accommode des paramètres incohérents attestés par les répréhensibles vaniteux.
L'apparition insensée de factions hargneuses quadrillées sur le sol inhospitalier des frontières belliqueuses horripile l'exode des peuples réprimés à bannir en raison de leur négritude méprisable.
L'appartenance à une strate démographique détermine l'accomplissement des attitudes face aux récriminations complotées.
Les prérogatives réservées aux illustres impérieux des attributions imperméables conditionnent l'adoption subordonnée des lois outrageantes.
L'asphyxie propagée d'amplitude interminable fustige l'empreinte séante du globe bridée par une désagrégation empoisonnée.
Serrons-nous le coude en attendant le printemps
[UPJ: paparazzi des arbres]
Ma photo du jour d'hier (si un arbre ne s'était pas mis en travers).
Je triche un peu, en attendant le Doux gèle...
PETIT BONHEUR
Aujourd'hui, petite balade à pied d'une quinzaine de kilomètres à travers la campagne qui entoure Bundi. Balade sans but où j'aime me perdre en suivant des chemins non balisés, laissant au hasard le soin de guider mes pas.
Mon passage dans les villages paysans suscite de la surprise et de l'étonnement. Un extra-terrestre débarquant d'un OVNI ferait le même effet. Mais jeunes et vieux, femmes et enfants, sans exception, vous saluent chaleureusement avec un large sourire et un petit geste de la main. Un vieil homme m'a demandé si j'avais faim, m'invitant à partager son repas. La tranquillité des lieux est un véritable baume pour les oreilles et pour l'esprit, au point d'oublier que je me suis passablement éloigné de Bundi. Mais pas de problème, une moto s'arrête à ma hauteur et un Indien souriant m'invite à monter sur sa bécane... il va à Bundi, 10 km du lieu où je m'étais perdu (volontairement).
Des gens simples qui n'ont que leurs sourires à vous offrir sans rien attendre en retour, voilà l'Inde que j'aime.......
BHANG LASSI
Le bhang lassi est une boisson spéciale qui contient un dérivé liquide de cannabis (on éloigne les enfants). À l'aide d'un pilon et d'un mortier, les bourgeons et les feuilles de cannabis sont broyés en pâte. On ajoute à ce mélange, du lait, du ghee (beurre clarifié) et des épices indiennes (attention aux flatulences).
Il est légal dans certaines régions de l'Inde. Vu le nombre d'établissements qui vous en proposent à Bundi, je pense que si vous avez un permit gouvernemental le bhang lassi doit être légal au Rajasthan.
Le gouvernement réglemente la culture du cannabis et comme le bhang a joué un rôle important dans la culture et les pratiques religieuses de l'Inde, il serait impossible de criminaliser cette plante à la vertu planante.
Les saints hommes de l'Inde utilisaient rituellement le bhang pour faciliter la conversation avec les divinités. (Aujourd'hui il utilise Internet et les réseaux sociaux)
L'historien grec Hérodote qui vécut au 4ème siècle av. J.-C. mentionne déjà l'utilisation du bhang chez les Indiens. (À cette époque l'UDC ne militait pas encore contre la dépénalisation du cannabis)
Un document indien du 15èm siècle se réfère au bhang comme léger de cœur, joyeux, qui inspire spirituellement l'esprit et le corps.
Comme beaucoup de routards à travers l'Inde qui savent que le bhang lassi est un dérivé de cannabis et qu'il est en vente libre dans certaine région, on voit arriver un genre de touriste qui, visiblement, ne se passionnent pas pour les palais des maharajas et les massages ayurvédiques. Autre particularité que j'ai remarquée, la publicité pour le bhang lassi est souvent en français. À croire que les sujets de la douce France de Marine sont des clients très friands de cette boisson à la vertu hallucinogène.... On peut leur pardonner, dans ces temps moroses, quand un pays aura bientôt le choix d'élire son président entre un Républicain et un Front National, mieux vaut se bourrer la gueule et voir des éléphants roses à la place de gros porcs.
JOURNEE "MANQUE D'INPIRATION"
« ...Demandez au vent, à la vague, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle : demandez quelle heure il est ! Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge vous répondront : il est l'heure de s'enivrer. »
C'est du Baudelaire et je vais suivre ses conseils
BYE, BYE, BUNDI
Je savoure mes derniers moments à Bundi sur la terrasse du Garden Café, au bord du Nawal Sagar Lake. Bundi est une ville des Indes authentique où la population n'est pas encore trop pervertie par le tourisme. Ce qui m'a avant tout frappé, à la ville comme à la campagne, c'est la gentillesse des Rajasthanais, surtout chez les personnes âgées. Les jeunes auraient tendances à prendre les touristes pour des bobets, mais heureusement ils ne sont pas en majorité.
Bundi qui, à une certaine époque, a dû être un lieu splendide, avait frappé Rudyard Kipling qui y a séjourné pour terminer l'écriture de Kim. Il a tant aimé Bundi que les Indiens disent qu'après sa mort, son âme y est retournée. Mais vu l'état aujourd'hui des palais, des jardins et des lacs il a dû vite retourné dans sa tombe. En tout cas je n'ai pas
rencontré son fantôme.
Le palais de maharajas de Bundi qui domine sur la colline, est un ensemble plutôt en mauvais état et la vision féérique de Kipling quand il écrivait que : « le palais de Bundi est de ces palais comme s'en bâtit dans les rêves agités, l'œuvre des lutins plutôt que celle des hommes », à belle et bien disparue. Il est regrettable de voir s'effacer les magnifiques peintures murales qui ornent les pièces du palais. Mais on peut se faire une idée de la vie qui s'y déroulait jadis : les maharajas étaient des malades de la quéquette.
Hier, je suis allé visiter le Kshar Bag, un endroit au bout de Jait Sagar Lake, envahi par la végétation, qui renferme des cénotaphes (monuments élevés à la mémoire des morts) de 66 souverains et reines de Bundi. Dans ce lieu à l'abandon, on peut encore voir de belles sculptures, notamment d'éléphants et de chevaux. Mais le raja de la « verge frétillante toute catégorie » c'est Satru Sele, qui au 17ème siècle avait eu 64 reines, mais il en a eu davantage sur son cénotaphe (avoir 64 femmes et encore aller à gauche faut être le roi de la gaudriole).
Ces palais en ruines, seraient magnifiques, même dans l'état actuel, s'ils n'étaient pas envahis de milliers de déchets de plastiques, de papiers, de bouts de ferrailles et de cacas de singes.
Ceux qui écrivent les guides touristiques, assoiffés d'aventures et de communications sur les réseaux sociaux de la planète Internet feraient mieux d'arrêter de boire des bhang lassi et de se mettre à l'ayurvédique tea. Parce que leur réalité ce n'est pas celle que j'ai vu.
PUSHKAR (Rajasthan)
Bundi – Pushkar, 190 km, 5 heures de bus.
Pushkar est un haut lieu de pèlerinage pour les hindous (mais aussi les « babas cool, mais pas pour la même raison) qui doivent s'y rendre au moins une fois dans leur vie. Blottie autour d'un lac sacré, la ville, qui aurait surgit là, où Brahma aurait laissé tomber une fleur de lotus, abrite l'un des rares temples dédiés à ce dieu.
Le lac est entouré de 52 ghat (escaliers, marches ou paliers, lieus de bain autour du lac) qui permettent aux pèlerins de se baigner dans l'eau sacrée. Certains ghat revêtent une importance particulière : Vishnu serait apparu au Varah Ghat sous l'aspect d'un sanglier (Pas d'un sanglier du Jura Sud), et Brahma se serait baigné au Brahma Ghat. Mais une chose est sûre, une partie des cendres de Ghandi fut dispersée dans le lac de Pushkar au Ghandi Ghat.
Je suis encore étonne de la situation de mon hôtel et de ma chambre dont la vue donne directement sur le lac de Pushkar et ses 52 gath. Mais il y a une seule restriction, c'est que partout il est inscrit, même sur la porte de ma chambre « No photography on ghat ». C'est une question de respect pour ces gens qui se baignent dans le lac sacré et qui honorent leurs dieux.
KRISHNA BATIFOLE
D'après les légendes et la Gîta Govinda, Krishna batifolait dans les bois avec les charmantes gopis.
C'est un texte un peu cul cul la praline, mais selon le goût des indiens c'est d'une éclatante beauté. Il a été écrit par Jayadeva au 12ème siècle. Il chante l'amour de Râdhâ et de Kishna. Râdha est une vachère, mais comme le mot sent la bouse, on a traduit gopi par bergère. Quand Râdha et Krishna se retrouvent seuls dans des bosquets, les choses se passent agréablement pour la jeune femme dont nous connaissons le point de vue :
« Je tombais sur le lit de fleurs,
et Lui sur ma poitrine,
comme pour y rester toujours.
Je l'enlaçais, amie !
Je l'embrassais ; et Lui buvait
le nectar de mes lèvres !
(...)
Mes yeux de langueur se fermaient
et je sentais Sa peau
frémir, amie, sous mes caresses
Tout mon corps se mouillait
des sueurs du désir, tremblant
de l'amoureuse ivresse !
(...)
Je chantais comme les coucous
pendant qu'Il célébrait
en moi le mystère secret. »
Gîta Govinda (VI, 3-5)
Extrait : Le Bénarès –Kyoto Olivier Germain-Thomas Collection Folio 2007
LA FOIRE AUX DROMADAIRES
La réputation de Pushkar, elle la doit à sa célèbre foire aux dromadaires qui a lieu le mois de Kartika, le huitième mois du calendrier lunaire hindou. Pour les chameliers du désert du Thar c'est l'une des fêtes les plus sacrés. De tous les coins du Rajasthan, ils entament la longue marche qui les mènera à Pushkar pour le Kartik Purnima (pleine lune). Chaque année, c'est plus de 200 000 personnes qui convergent dans la ville, amenant 50 000 dromadaires, chevaux, belles-mères et tête de bétail. Puskar se métamorphose et dans ce melting-pot se côtoient musiciens, mystiques, touristes, négociants et pèlerins, sans oublier les pickpockets qui opèrent dans les marchés bondés.
Il faut savoir que cette fête extraordinaire et mystique est aussi envahie par les touristes qui dans leurs déguisements très kitsch, tendance année seventy, se voient proposer des chambres d'hôtels, cinq fois plus chères qu'en temps normal. Tout ce beau monde, peu avoir la chance d'assister au concours du dromadaire le plus joliment décoré, une sorte de concours miss France où les dromadaires blatèrent des conneries pour se faire élire ou alors le concours de la plus belle moustache (pas des belles-mères mais des chameliers).
[collected by M.D. on FB]
Dehors enroulée et frissonnante
La couverture épaisse se répand
Gorgée de givre.